Il y a une période dans ma vie où j'étais très occupée. Mon agenda était plein, mes journées aussi, et je pouvais décrire précisément tout ce que j'avais fait. Et pourtant, quelque chose ne bougeait pas. Pas vraiment.
J'ai mis du temps à nommer ce que je ressentais. Ce n'était pas de la fatigue ordinaire. C'était ce sentiment diffus de courir vite, mais en cercle. De s'agiter sans avancer.
Ce que j'ai découvert ensuite (avec le recul et l'aide d'un regard extérieur) c'est que la confusion dans laquelle je me trouvais n'était pas un manque d'information. C'était un manque de lecture juste de ce qui se passait vraiment. Et cette lecture, je ne pouvais pas la faire seule depuis l'intérieur.
Ce chapitre est le chemin que j'ai parcouru. En quatre étapes.
ÉTAPE 1 🔥 VOIR — Distinguer l'agitation du mouvement réel
J'ai appris à repérer l'agitation à une signature précise : elle crée du soulagement pendant et du flou après. Je me sens mieux sur le moment. Et puis, quelques heures plus tard, la même tension est là.
Le mouvement réel a la texture inverse. Il peut être inconfortable à initier parce qu'il implique souvent de regarder quelque chose qu'on préférerait éviter. Mais une fois posé, il crée de la clarté. Un avant et un après perceptibles.
Ce qui m'a frappée, en commençant à observer honnêtement mes journées, c'est à quel point les deux se ressemblent de l'extérieur. Même rythme, même activité visible. La différence n'est perceptible que de l'intérieur, dans ce qu'on ressent après.
Je propose souvent un exercice simple en début d'accompagnement pour rendre cette distinction concrète. Prendre 5 minutes pour regarder la semaine et noter, pour chaque action significative, une lettre : C pour clarté, S pour soulagement. Puis, pour chaque S, compléter cette phrase : "En faisant ça, j'évitais de regarder..."
Ce que je vois presque systématiquement quand les gens le font honnêtement : la colonne "j'évitais" pointe toujours vers une seule chose. Pas dix problèmes. Un seul. Souvent celui qu'on savait déjà être là.
✋ Quand tu regardes ta semaine, qu'est-ce qui t'a apporté de la clarté, et qu'est-ce qui t'a juste soulagé un moment ?
ÉTAPE 2 🧩 COMPRENDRE — Pourquoi ce qu'on appelle "changer" change rarement quelque chose
Quelque chose que j'ai observé souvent, chez moi en premier, puis chez les personnes que j'accompagne avec Christophe : on croit changer, et on reproduit. Pas parce qu'on manque d'efforts. Parce qu'on change le décor sans toucher à la pièce.
Nouvelles habitudes, agenda réorganisé, valeurs relues, lectures inspirantes. Et quelques mois plus tard : les mêmes blocages. Les mêmes tensions. Les mêmes décisions qui ne tiennent pas.
La raison, je l'ai comprise via le Design Humain. Chaque personne a une logique propre, une stratégie naturelle, une façon d'être qui lui appartient vraiment. Quand on ne la connaît pas, on change en surface. On varie les formes. Mais les schémas profonds, eux, restent intacts.
Ce n'est pas un manque de volonté. C'est qu'on opère sans connaissance de son fonctionnement réel. Et sans cette connaissance, le changement reste cosmétique : convaincant de l'extérieur, fragile de l'intérieur.
✋ Quand tu penses à quelque chose que tu as essayé de changer plusieurs fois — qu'est-ce qui revenait toujours, malgré les tentatives ?
ÉTAPE 3 🛠 TESTER — Distinguer une vraie décision d'une fuite vers l'action
Christophe me l'a dit un jour d'une façon qui m'a marquée : "La fuite vers l'action, c'est de l'agitation déguisée en efficacité." Et il avait raison.
J'ai reconnu ce pattern chez moi : lancer quelque chose de nouveau pour ne pas regarder pourquoi l'ancien ne fonctionnait pas. Réorganiser pour éviter de décider. M'occuper pour ne pas entendre ce qui demandait à être entendu.
La différence entre une vraie décision et une fuite, je l'ai appris à la sentir dans ce qui vient après. La fuite apporte du soulagement immédiat... puis le flou revient. La vraie décision peut être inconfortable à prendre, mais une fois posée, quelque chose se clarifie.
Il y a une question que j'utilise maintenant comme test, avant chaque action importante : "Est-ce que je me mets en mouvement ou est-ce que j'évite quelque chose ?" Elle ne donne pas toujours une réponse immédiate. Mais elle crée un espace. Et dans cet espace, la réponse honnête finit toujours par émerger.
✋ Ta prochaine action importante : est-ce que tu te mets en mouvement, ou est-ce que tu évites quelque chose ?
ÉTAPE 4 🪞 DÉCIDER — Accepter qu'on ne peut pas voir sa propre boucle
C'est l'étape la plus difficile à accepter.
Et la plus libératrice une fois qu'on l'a vraiment intégrée.
On ne peut pas lire l'étiquette depuis l'intérieur de la bouteille. Ce n'est pas un manque d'intelligence. Ce n'est pas un manque de travail sur soi. C'est une question de position. Quand on est à l'intérieur d'une situation depuis des mois (parfois des années) on finit par confondre le paysage avec la vérité. Les boucles font partie du décor. Elles sont devenues invisibles à force d'être familières.
Ce que Christophe et moi apportons dans les accompagnements, c'est précisément ça : deux regards qui ne sont pas à l'intérieur. Christophe voit la structure, les mécanismes, ce qui bloque concrètement dans le fonctionnement. Je vois ce que les gens portent sans le dire encore, ce que le corps communique avant que les mots arrivent.
Deux lectures différentes. Un seul regard extérieur. Et souvent, en une conversation, quelque chose devient visible qui était là depuis longtemps... mais qu'on ne pouvait pas voir seul.
✋ Quelle est la boucle que tu sens être là sans encore pouvoir la voir clairement depuis l'intérieur ?
Maryse Doyen | Analyste émotionnelle & co-fondatrice de Polymathe
Si ce que je décris te touche et que tu veux aller plus loin, Le Contact avec Polymathe est une conversation à trois : Christophe, moi, et toi. Sans engagement. Pour voir ce qui est là.